Si tes rêves ne t’effraient pas, c’est qu’ils ne sont pas assez grands

Mike Horn

Récit de MON ASCENSION DU PARINACOTA (6348m)

Nous y voilà…

Notre séjour touche à sa fin, cela fait maintenant 2 semaines et demi que nous parcourons le Chili et la Bolivie et 12 jours que nous ne sommes pas redescendus sous les 3600m d’altitude… Je pense que niveau acclimatation à l’altitude on est pas mal.

Nous quittons donc La Paz pour rejoindre le Parc National de Sajama à la frontière chilienne, et enfin se faire une idée de ce à quoi ressemble le « monstre ».
Le « monstre » porte un nom : c’est le Parinacota et il culmine à 6348m. Ah ouais quand même !

A gauche, le Parinacota (6348m) et à droite, le Pomerape (6220m)

C’est en milieu d’après-midi, après pas loin de 4h de route, que nous arrivons dans le petit village de Sajama à 4350m d’altitude et que nous faisons la connaissance de nos hôtes et de nos deux guides : Mario et Nelson.

Pourquoi avoir pris 2 guides ?


Dans l’équipe, nous sommes 4 barjos à vouloir tenter l’expérience : mon père, ma mère, Flo mon compagnon et moi-même.
 Ayant conscience des difficultés notamment liées à l’altitude, nous voulions mettre le maximum de chances de notre côté afin qu’au moins un de nous parvienne au sommet. En ne partant qu’avec un guide pour 4, comme c’était initialement prévu, en cas d’abandon ne serait-ce que de l’un d’entre nous (fatigue, blessure, mal d’altitude…) les 3 autres auraient été pénalisés et tout le groupe aurait été condamné à redescendre. D’où notre choix de partir avec 2 guides.

Après avoir effectué les derniers petits réglages pour adapter nos crampons aux chaussures et préparé notre sac à dos, il ne nous restait plus qu’à aller avaler un bon plat de pâtes ! Enfin ça c’était dans nos rêves ! Au lieu de ça, c’est une espèce de semelle de godasse difforme qui nous attendait au fond de l’assiette. De l’alpaga paraît-il… C’était donc ça, la viande qui séchait au soleil, quand on est arrivé cette après-midi… Hum ben ça promet !
On nous avait pourtant expliqué qu’en Bolivie, on mangeait la viande de lama, mais que l’alpaga était domestiqué uniquement pour sa laine… Bref, pas ici à priori, espérons que nos intestins le supportent…

Préparation de la viande d'alpaga

Il est 20 heures quand nous regagnons nos chambres respectives, non chauffées bien sûr, mais ça on commence à y être habitués… Je me glisse dans mon sac de couchage -5°C, emmitouflée comme un esquimau, avec déjà, mon bonnet, mon collant et mon sous-pull en laine de mérinos, prête pour demain.
Je me sens excitée et en même temps un peu angoissée, stressée… Sûrement la peur de l’inconnu…

D’ailleurs ça me fait penser à une citation de Mike Horn que j’aime beaucoup, qui dit : « Si tes rêves ne t’effraient pas, c’est qu’ils ne sont pas assez grands ». Là, je pense qu’il est assez grand…

Mon cerveau se projette et s’imagine un tas de trucs, il m’envoie des tonnes d’images… et puis finalement je trouve le sommeil assez rapidement.

2h15 du matin : le réveil sonne.

Je suis déjà réveillée depuis quelques minutes, mais il ne faut pas trainer. Je saute hors du lit, je rajoute un pantalon, deux polaires, ma doudoune, mes gants et direction la salle à manger. Pitié pourvu, qu’il n’y ait pas d’alpaga au petit-déj…
Bon je t’avoue que ce n’est pas le petit-déjeuner rêvé, mais on se force pour ne pas partir le ventre vide.

Vers 3h, nous chargeons nos sacs dans le coffre du 4×4 et mettons le cap sur le camp de base du Parinacota et du Pomerape situé à 5130m d’altitude. Il fait nuit noir, impossible d’apercevoir une quelconque silhouette de volcan au loin, uniquement des troupeaux de lamas que l’on réveille avec la lumière des phares…

4h45 : que l'aventure commence !

Vers 4h45, nous voilà sur place, il fait environ -5°C, on a de la chance il n’y a pas un pet de vent pour le moment et le ciel s’est légèrement éclairci, on commence à deviner les contours du monstre.
On lace nos gros godillots (pas besoin des crampons pour le moment, la première partie de l’ascension se fait dans les cailloux), on enfile nos sous-gants, nos moufles, nos sacs à dos, on déplie nos bâtons et c’est parti, que l’aventure commence !

Mario ouvre la marche sur un sentier caillouteux qui ne présente, pour le moment, aucune difficulté. Tout doucement le soleil commence à faire son apparition derrière le volcan Sajama (le plus haut de Bolivie, avec ses 6542m). Le rythme imposé par Mario est volontairement lent mais je pense que d’ici quelques heures on l’appréciera compte tenu de l’altitude.

Après environ 2h de marche, nous faisons notre première pause, face au Pomerape, le jumeau du Parinacota qui culmine à 6220m (petit joueur ahah !!).
La vue est déjà impressionnante, le moral des troupes est au beau fixe, le physique idem, on en profite pour s’avaler une petite barre de céréales et déconner un peu avec les guides, avant de repartir une dizaine de minutes plus tard.

Les maux de têtes s'installent....

Au fur et à mesure de notre progression, la pente se raidit, le sentier prend des allures de zigzags, et les pierres de laves se font de plus en plus fines et de plus en plus glissantes…Ca roule tellement sous les pieds, que si tu ne fais pas gaffe, tu peux vite te retrouver à patiner sur place et à t’épuiser inutilement.

Alors que l’on aperçoit les premiers névés et le début de l’immense dôme glaciaire, on sent que le moral des troupes en a déjà pris un coup… Le manque d’oxygène commence à bien se faire sentir, chaque pas s’accompagne d’une respiration, et notre rythme de croisière passe sous la barre des 1km/h. Par moment tu te demandes ce que tu fous là, ton corps s’épuise, les maux de tête s’installent chez certains, les intestins flanchent chez d’autres… La faute à l’altitude ou à l’alpaga de la veille… ?
Bref, une nouvelle pause s’impose : barre de céréales ou poignées d’amandes pour certains, doliprane et diamox pour d’autres…

Personne ne s'attendait à une telle galère...

C’est finalement au bout de 5h de marche et après avoir franchi une dernière partie rocheuse bien plus difficile et escarpée, que nous foulons enfin la neige… Enfin, je dis « la neige » mais tu parles… « la glace » plutôt oui ! On a vite déchanté et je pense que même les guides ne s’attendaient pas à ça… Au lieu de se retrouver sur un beau dôme glaciaire et de chausser les crampons, on s’est retrouvé en plein milieu de milliers de pénitents de plusieurs dizaines de centimètres de haut.

C’est quoi des « pénitents » ?

Il s’agit de fines lames de neige ou de glace, dressées perpendiculairement, qui se forment lors de la fonte de la glace sous l’effet du soleil et du vent. 
Ces pénitents sont fréquents à de telles altitudes, mais ils ne se forment habituellement qu’à partir de fin octobre/début novembre (nous sommes fin septembre…).

Bref, personne ne s’attendait à se retrouver dans une telle galère. Et dire que sur les photos du sommet fournies par l’agence de trek, on pouvait voir des personnes redescendre à skis… On en est bien loin !
Bon ceci-dit, avant de penser à la descente, il va déjà falloir monter.

Malheureusement c’est à trois que nous continuerons l’aventure… Le mal de tête et les nausées dues à l’altitude auront eu raison de ma chère petite maman… Plus le choix, nous sommes désormais trois pour un seul guide : soit on va tous en haut, soit on redescend tous.

La barre symbolique des 6000m

Ca y est, nous passons la barre symbolique des 6000m, on peut enfin apercevoir le sommet qui nous nargue. Il paraît si proche… Et pourtant Nelson nous annonce encore 2h30 de marche, 2h30 dans ce champ d’obstacles, 2h30 de galère. A chaque pas, tu enjambes une lame de glace de 40cm de haut… Tu marches, tu marches, tu marches, tu enjambes, tu enjambes, tu re-enjambes… et au moment de relever la tête tu as l’impression que le sommet ne s’est pas du tout rapproché. C’est tellement frustrant… Plus d’une fois je me suis dit « allez c’est bon, tu es montée à 6000m, c’est déjà pas mal… » mais une autre petite voix me murmurait « Allez, c’est dans ta tête, vas-y au mental, tu y es presque, plus que 250m à gravir, lâche rien ! ».
Je ne sais pas si c’est dû au manque d’oxygène, mais à partir d’une certaine altitude, t’as plus les idées trop claires quand même… Ton corps passe en mode pilotage automatique…

Les pauses se font de plus en plus régulières, c’est sûr, je n’ai jamais ressenti un tel niveau d’épuisement… Alors que Nelson part devant pour essayer de nous frayer un chemin correct dans les pénitents, je me sens obligée de m’arrêter tous les 20m pour reprendre ma respiration. A ce rythme, on n’est pas rendu… Nelson a l’air un peu inquiet en voyant les gros nuages noirs se rapprocher de nous. Il regarde sa montre de plus en plus régulièrement et nous explique qu’il faut qu’on fasse moins de pause car un orage se rapproche et plus le temps passe, plus la glace fond et plus les pénitents sont instables et cassants, ce qui rend la progression encore plus difficile.
Bref, ça commence vraiment à devenir compliqué pour tout le monde : papa essaye de contenir son mal de tête, Flo est à bout de force mais il puise au fond de ses réserves pour ne pas pénaliser le groupe…

Allez les gars, on va se le faire ce sommet !!!

Etrangement, les pénitents laissent à nouveau la place à de la roche volcanique pour la dernière partie de l’ascension. Moi qui me réjouissais de retrouver « la terre ferme », ça aura été de courte durée ! Bienvenue sur un tapis roulant ! Ici c’est simple, tu fais 2 pas, tu recules d’un et demi… Merci la galère…

Nous sommes alors à 6265m d’altitude quand Flo s’écroule, il en peut plus, ça s’arrêtera là pour lui. Il se sera battu contre lui-même mais surtout pour nous, pour qu’on puisse aller le plus haut possible. Comme on y est presque, Nelson accepte de nous emmener jusqu’en haut, il nous reste maintenant 80 mètres de dénivelé, les 80 les plus longs.

Après 8h15 d'effort, la délivrance...

C’est donc au bout de 8h15 d’effort (dont 3h dans les pénitents) que nous atteignons le sommet, Nelson, mon père et moi.

Qu’est-ce qu’on en aura chié, mais on l’a fait !

On est montés à 6348m d’altitude.

Certes, pas au complet, mais on est tous extrêmement fiers les uns des autres et surtout très reconnaissants envers Flo qui s’est vraiment arraché, jusqu’à brûler sa dernière cartouche pour nous permettre d’arriver en haut.

Le bonheur est indescriptible, la vue est à couper le souffle, malheureusement le temps nous est compté car l’orage se rapproche dangereusement et le vent commence à se lever.

C’est donc sous une tempête de neige que nous avons redescendu les 1218m de dénivelé en 3h15, plus ou moins dans la douleur pour certains…

Je ne vais pas épiloguer sur la descente, mais je tiens juste à te dire une chose : si un jour tu es tenté par ce genre d’expérience, ne surestime pas tes capacités physiques, car arriver au sommet c’est une chose, mais n’oublie pas qu’il faut encore redescendre et ça demande tout autant d’énergie.

Infos pratiques

Dénivelé : +1218m / -1218m

Distance totale : 4,2km

Temps total : 11h30

Agence de trek : ALAYA

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2 commentaires

  • Mettefeu

    bravo pour une si belle démonstration entre le texte et les fotos!… partant seul vers un mieux 6000 m en juin prochain!… les pénitents ont été les difficultés j’ai envie d’en choisir un autre!…
    jean claude (tour du Mondiste)conférences livres de fotos…

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